Les maladies chroniques envahissent l’Europe

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 Le cancer, le diabète, les troubles mentaux et les maladies respiratoires provoquent 86 % des décès en Europe. Des experts appellent l’UE à lutter contre les facteurs de risque, comme le tabagisme, la consommation excessive d’alcool et le manque d’activité physique.

Le commissaire européen en charge de la santé, Tonio Borg, a organisé pour la première fois un sommet à Bruxelles consacré aux maladies chroniques la semaine dernière (3 et 4 avril). Les maladies chroniques ont un impact extrêmement important sur l’UE. Et la tendance ne fait que se renforcer.

« Nous avons atteint de nombreux objectifs grâce à des actions conjointes, mais aussi grâce à des programmes de financement au niveau des États membres. Mais je pense que [les maladies chroniques]devraient occuper une place plus importante dans le calendrier politique », a expliqué le commissaire lors d’un entretien à EURACTIV dans lequel il a exposé les raisons justifiant l’organisation de ce sommet de toute urgence.

Alberico Catapano, professeur en pharmacologie à l’université de Milan a expliqué à EURACTIV que la population européenne vivait plus longtemps grâce à de meilleurs systèmes de santé. Ce qui engendre en contrepartie une augmentation du nombre de maladies chroniques, comme le diabète, l’obésité, l’hypertension et la dyslipidémie (concentration anormalement élevée ou faible de lipides dans le sang). La conjonction de toutes ces maladies a un fort impact sur les sociétés, selon le professeur.

Fardeau économique et lenteur politique

Car si l’on en croit la Mutuelle générale de l’éducation nationale (MGEN) et l’institut de sondages Opinion Way, l’obésité gagne rapidement du terrain dans l’ensemble de l’UE. Même si le surpoids et l’obésité pourraient ne pas provoquer de complications physiques ou médicales majeures chez les jeunes, ils peuvent déclencher plus tard des troubles d’ordre psychologique et social.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont déjà soulevé le problème. Malgré ces appels, les gouvernements ne s’engagent pas réellement dans la lutte contre l’obésité, selon le Centre européen d’économie politique internationale (ECIPE).

« Si la tendance actuelle se poursuit, et si aucun changement n’est apporté en matière de santé, les gouvernements européens seront rapidement confrontés à une hausse des coûts relatifs au traitement des maladies et à des problèmes de santé liés à l’obésité, écrit l’ECIPE dans un document d’orientation récemment publié.

Alberico Catapano a indiqué que les dirigeants politiques avaient une vision court-termiste, alors que les solutions à long terme permettraient d’aider au mieux les patients.

« C’est ce qui nous manque actuellement : des projets sur le long terme, à la fois indépendants des intérêts politiques et qui servent les intérêts de la population. Tant que nous traitons ces mesures à court terme, nous aurons les résultats par la suite », a indiqué le professeur.

Selon l’ECIPE , bon nombre de mesures sont envisageables. Certains États membres luttent et anticipent dans une plus ou moins grande mesure l’obésité ainsi que le surpoids et donc les maladies chroniques.

Ces mesures comprennent des propositions de l’OCDE : éducation alimentaire, activités physiques à l’école ou taxes sur les aliments riches en sucre et en graisse.

Les résultats d’une surtaxatation ne sont pas encourageants, selon ECIPE, car ils dépendent de la manière dont les gouvernements utilisent les recettes dégagées. En France, des tentatives ont été menées en vue de réinvestir les recettes fiscales dans le secteur de la santé, alors qu’au Danemark et en Hongrie de telles recettes n’ont jamais été mises en lien avec ce secteur.

Le diabète à la loupe

L’ECIPE souligne également la nécessité de prendre le diabète particulièrement au sérieux, car il s’agit d’une maladie chronique liée aux pathologies cardiaques et aux accidents vasculaires cérébraux. Plus de 9 % du budget européen consacré à la santé est alloué au diabète. Quelque 32 millions de personnes souffrent en effet de cette maladie et leur nombre ne cesse d’augmenter.

Il y a un mois, des experts ont appelé pour mener des actions contre les maladies chroniques, car elles n’ont pas seulement de fortes répercussions sur l’économie, mais elles génèrent aussi des inégalités sociales.

Outre les dépenses de santé liées aux traitements, le diabète engendre aussi des coûts indirects pour la société. Elle provoque par exemple un ralentissement du taux de productivité de la main-d’œuvre, des retraites anticipées et le versement d’allocations sociales. Il est pourtant possible de prévenir la plupart du temps le diabète de type 2. Le surpoids, l’obésité, un manque d’hygiène de vie et d’activités physiques constituent des facteurs à risque.

Le ministre danois de la Santé, Nick Hækkerup, a expliqué dans un entretien à EURACTIV que la maladie devait être plus rapidement prise en compte en vue d’obtenir un traitement plus efficace et d’ainsi atténuer les conséquences.

Le cholestérol, une maladie négligée

Selon le professeur Catapano, il faut également prêter davantage d’attention à l’hypercholestérolémie familiale, un trouble génétique caractérisé par des taux élevés de mauvais cholestérol.

Une personne sur 250 est atteinte de cette maladie chronique, qui augmente le risque de développer une maladie cardiovasculaire.

Même si les personnes qui ont des taux élevés de mauvais cholestérol ne manifestent aucun symptôme, comme la céphalée, qui touche les personnes présentant une tension artérielle élevée, beaucoup d’entre eux vivent avec la maladie, pourtant dangereuse, sans le savoir. Dans le même temps, les personnes traitées ont souvent tendance à être plus décontractées quand elles prennent leurs médicaments, car elles ne souffrent plus, a insisté le professeur.

Il a ajouté que l’UE pouvait jouer un rôle important dans la lutte contre les conséquences induites par une maladie chronique, comme l’hypercholestérolémie familiale.

« L’UE a à sa disposition plusieurs moyens en vue de gérer les problèmes. Elle peut au moins lancer les discussions sur ces thèmes et montrer qu’il existe des fonds disponibles pour la recherche et les programmes de mise en œuvre. L’UE peut investir dans l’éducation, la prévention et la recherche liées aux maladies chroniques », a-t-il conclu.

CONTEXTE

Les maladies chroniques, telles que les maladies cardiaques, les maladies respiratoires chroniques, les diabètes, sont de loin les premières causes de mortalités au monde, représentant 60 % des décès, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Environ 4 millions d’Européens et 1,5 million de citoyens de l’UE décèdent à la suite de maladies cardiovasculaires chaque année, selon le Réseau européen du cœur et la Société européenne de cardiologie.  Les maladies coronariennes et les accidents vasculaires cérébraux (AVC) sont les formes les plus répandues de maladies cardiaques.

Les États membres de l’UE ont convenu de s’attaquer aux facteurs sous-jacents dans le programme d’action dans le domaine de la santé 2014-2020. Objectif : réduire le nombre de décès provoqués par les maladies cardiovasculaires.

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