Dépistage du cancer du sein : peut mieux faire !

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25 ans après le premier « Octobre Rose », le mois de sensibilisation au cancer du sein, le dépistage organisé souffre d’une désaffection croissante, mettant au défi la communauté médicale, qui planche désormais sur un dépistage personnalisé en fonction du risque.

Le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent et le plus mortel chez la femme : 59.000 nouveau cas par an et près de 12.000 décès en France. Le taux de survie est de 99% à 5 ans lorsqu’il est détecté à un stade précoce contre 26% lorqu’il est détecté à un stade avancé, ce qui plaide clairement en faveur du dépistage. Pourtant, la participation des femmes au dépistage organisé baisse depuis quelques années, tombant même en dessous de 50% en 2017.

Une désaffection du dépistage

Peur de l’examen ? Négligence ? La participation avait pourtant progressé vigoureusement dans un premier temps, passant de 30% en 2000 à 45% en 2004 puis 53% dans les années 2010-2012 avant de s’effriter depuis.

Brigitte Séradour, radiologue et experte sur le dépistage à la Société française de sénologie (SFSPM) attribue la désaffection à « la moindre confiance dans toutes les politiques de prévention, qu’il s’agisse du cancer du sein, de la vaccination ou du frottis du col de l’utérus« .

Elle note que « les anti-dépistage sont très visibles sur les réseaux sociaux toujours plus prompts à relayer les informations négatives, et les pouvoirs publics sont mal armés pour contrebalancer leur impact« , explique-t-elle.

Les doutes soulevés ont fait leur chemin dans l’opinion : le dépistage multiplie les radios (une mammographie tous les deux ans de 50 à 74 ans), donc les rayons X, il aboutit à traiter toutes les lésions, alors que beaucoup n’évolueraient pas (surdiagnostic) et il passe à coté des cancers « de l’intervalle« (entre deux mammographies).

« Vous infligez à une population saine un dépistage qui ne remplit pas les critères de bénéfice-risque« , souligne Cécile Bour de l’association Cancer rose, qui milite pour un « choix éclairé » de la femme avec une meilleure information.

Celle-ci a progressé après une concertation citoyenne en 2016, et les documents de l’Institut national du cancer évoquent désormais le surdiagnostic (10 à 20% des cancers détectés) ou l’impact des rayons, tout en rappelant que le bénéfice dépasse largement ces risques.

Personnaliser le dépistage

Pour Nasrine Callet, gynécologue à l’Institut Curie, « le dépistage a certes des inconvénients réels, mais on a rien de mieux« . « On n’a aucun marqueur biologique ni aucun examen qui peut dire si ce petit cancer détecté va évoluer ou pas« .

Si aucun expert ne préconise l’arrêt du dépistage, la recherche se mobilise pour affiner le niveau de risque des femmes en vue de l' »individualiser » : une vaste étude (MyPeBS), présentée vendredi à Paris, va être lancée le 1er décembre dans 5 pays dont la France.

« C’est un changement de paradigme, on va utiliser dans une population à grande échelle des données de génotypage et des données individuelles pour prédire les risques« , explique Suzette Delaloge, oncologue à Gustave Roussy et coordinatrice de l’étude.

En fonction du niveau de risque, l’étude proposera aux femmes une mammographie seulement tous les 4 ans, un suivi identique à leur dépistage habituel ou un suivi renforcé (« mammo » tous les ans et IRM).

« Le dépistage organisé c’était sûrement très bien en 2000 mais pour l’arrivée des années 2020, on peut espérer une médecine beaucoup plus personnalisée et adaptée à chacun » dit-elle.

La gynécologue Nasrine Callet salue la démarche de personnalisation, déjà à l’oeuvre pour les cancers du sein dits héréditaires (environ 5%) d’origine génétique, où la surveillance est renforcée.

Elle prône aussi une information sur le cancer du sein « sans tabou » et « très tôt au lycée, au collège ». « Dans notre éducation, les femmes ne se palpent pas les seins« , observe-t-elle. « Dans les pays nordiques, les femmes se palpent les seins et elles découvrent plus tôt les anomalies« .

En matière de prévention, « le bon message à faire passer c’est d’avoir une activité physique, pas de surpoids et de ne pas boire d’alcool« , souligne le professeur Roman Rouzier, directeur médical à l’Institut Curie.

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