Cancer du sein : les substances et expositions à éviter

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Certaines substances et expositions classées cancérigènes ou suspectées de l’être augmentent le risque de cancer du sein. Le point avec le Pr Béatrice Fervers, directrice du département Cancer et Environnement au centre Léon Bérard de Lyon.

Parmi toutes les substances chimiques présentes dans notre environnement, un certain nombre d’entre elles augmentent de manière plus ou moins significative le risque de cancer du sein. En prévention et par mesure de précaution1, il est donc souhaitable de les éviter au maximum.

L’alcool

L’éthanol contenu dans toutes les boissons alcoolisées (y compris dans les vins biologiques) augmente considérablement le risque de cancer du sein, même dans le cadre d’une consommation modérée. Les spécialistes recommandent d’éviter l’alcool et dans tous les cas de ne pas dépasser 10 verres par semaine pour les femmes et pas plus de 2 verres par jour. Rappelons que l’alcool est responsable de 7,5 % de tous les cancers chez la femme. Le cancer du sein est le plus fréquent des cancers attribuables à l’alcool, avec 8 081 cas en 2015.

Le tabac

Si son rôle n’est plus à démontrer dans le cancer du poumon et de la vessie, par exemple, il existe également un lien entre tabagisme et cancer du sein. Plus de 150 études épidémiologiques revues par le CIRC en 2009 ont mis ce lien en évidence. Les études de cohorte les plus récentes (Reynolds, 2004, Cui, 2006) montrent une augmentation du risque de l’ordre de 10 à 40 % en particulier lors d’expositions longues ou avant une première grossesse. Quant au tabagisme passif, il augmenterait également le risque de cancer du sein surtout au moment de la pré-ménopause.

Le sucre et les graisses

En excès, notamment les acides gras trans contenus dans l’alimentation industrielle sont soupçonnés d’augmenter le risque de cancer du sein. Dans la mesure du possible, il est important d’opter pour une alimentation saine et non transformée industriellement.

Les traitements hormonaux

Le Traitement Hormonal de la Ménopause (THM), largement prescrit dans les années 90 s’est traduit par une augmentation du nombre de cancers du sein. Le risque augmente rapidement avec la durée du traitement et décroit progressivement à l’arrêt. Depuis 2003, la réduction des prescriptions a entraîné une baisse du nombre de cas de cancers du sein après la ménopause3.

La pilule contraceptive présente un faible risque de survenue du cancer (inférieur à 10 %), 30 % au-delà de 10 ans. Toutefois, son effet est complexe car elle a aussi un effet protecteur contre certains cancers, comme celui de l’ovaire et de l’endomètre. Il s’agit donc là encore d’évaluer le ratio bénéfice-risque, notamment chez les jeunes femmes et afin de réduire le nombre d’IVG.

Les perturbateurs endocriniens

Le Distilbène (diéthylstillbestrol) prescrit chez les femmes enceintes entre les années 1950 et 1977 afin de prévenir des risques d’accouchement prématuré a favorisé la survenue de cancers du sein, non seulement chez les femmes qui l’ont pris pendant leur grossesse mais aussi et à un risque plus élevé chez leurs filles, tandis que les conséquences sur la génération future restent encore méconnues. « Ce médicament semble se comporter comme un modèle de perturbateur endocrinien. Nous pouvons donc nous interroger quant à l’incidence des produits de la famille des perturbateurs endocriniens sur le risque de cancer du sein« , explique le Pr Béatrice Fervers2. Parmi la liste des perturbateurs endocriniens présents dans notre environnement, dans l’alimentation, les produits cosmétiques, les matériaux de construction… citons les phtalates, le benzoapyère, les PCB, le cadmium, certains pesticides… « Toutefois, les données disponibles aujourd’hui ne permettent pas de conclure à un lien causal avec le cancer du sein », ajoute le Pr Fervers.

La pollution de l’air intérieur et extérieur

Les experts du CIRC ont estimé en 2013 que la pollution atmosphérique est cancérigène pour l’homme. Une étude française récente a pu montrer que les femmes nées en milieu urbain avaient des risques 10 % plus élevés de cancer du sein que celles nées en milieu rural, et ce, après ajustement sur l’ensemble des autres facteurs de risque4. En ce qui concerne la pollution de l’air intérieur, la fumée de tabac, le benzène, le formaldéhyde… font partie des principales substances incriminées.

Les sels d’aluminium

Différentes études ont été menées quant à l’impact des sels d’aluminium sur la santé. Aujourd’hui, la dangerosité éventuelle de ces substances n’est pas avérée. Toutefois, par mesure de précaution, il est préférable d’éviter les déodorants qui en contiennent. Précisions que le classement cancérogène de l’aluminium par le CIRC concerne le processus de production d’aluminium associé à un risque accru de cancer du poumon et de la vessie chez les travailleurs de l’aluminium. L’action oestrogénique de l’aluminium étudiée in vitro sur des lignées de cellules tumorales mammaires n’a pas démontré de lien chez la femme. Dans un principe de précaution et afin de limiter le risque lié à l’exposition de l’aluminium, l’Afssaps recommande depuis 2011 de restreindre la concentration d’aluminium dans les produits antitranspirants ou déodorants à 0,6 %. Cette valeur est volontairement exprimée en aluminium afin qu’elle puisse s’appliquer aux différentes formes utilisées dans les produits cosmétiques. Elle recommande également de ne pas utiliser de produits cosmétiques contenant de l’aluminium sur une peau lésée (en cas de micro-coupures après le rasage, par exemple).

Les autres produits à éviter

Citons également d’autres produits chimiques vis-à-vis desquels la précaution est de mise (même si les risques ne sont pas spécifiques au cancer du sein) :

  • Les produits chimiques contenus dans les hydrocarbures (essence, gazole, gaz d’échappement des véhicules…) ;
  • Le perchloroéthylène et les solvants utilisés dans les teintureries et les pressings. Rappelons qu’il est interdit depuis 2013 d’installer de nouvelles machines utilisant du perchloroéthylène dans des locaux à proximité de tiers.
  • Les ignifuges (substances qui rendent difficilement inflammables les matériaux naturellement combustibles) ;
  • Les textiles anti-taches ;
  • Les dissolvants et les solvants chlorés ;
  • Les décapants et certains colorants ;
  • Les désinfectants utilisés dans l’eau potable ;
  • Les produits issus de la combustion et les retardateurs de flamme.

A l’heure actuelle, il reste souvent difficile de mesurer précisément l’impact de toutes ces substances chimiques sur le risque de cancer pour différentes raisons :

  • De nombreuses substances n’existaient pas il y a une trentaine d’années ;
  • Le temps de latence du cancer peut s’étaler de 10 à 40 ans ;
  • Un suivi pendant une longue période (de 30 à 50 ans) de la population d’étude afin d’évaluer les effets de ces substances à long terme serait nécessaire mais n’est pas facile à mettre en place ;
  • On connaît mal l’impact des expositions in utero et tôt dans la vie ;
  • Enfin, il s’avère parfois compliqué d’évaluer précisément l’impact d’une substance par rapport à une autre et de recueillir rétrospectivement des données fiables. Qui se souvient précisément avoir été exposé à telle ou telle substance toxique vingt ans auparavant ?

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