Cancer : 13 chirurgiens alertent sur les risques liés aux “chirurgies illégales”

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Sur Europe 1, treize médecins spécialisés dans la chirurgie du cancer alertent contre un grand nombre d’opérations pratiquées par des établissements de santé qui n’en n’ont pas l’autorisation. Ils réclament l’arrêt de ces actes médicaux aux conséquences souvent tragiques.

Un rapport datant de 2018 de l’Assurance maladie révèle que 115 services sur les 571 qui ont facturé la chirurgie du cancer du sein en 2014 n’avaient pas d’autorisation de réaliser de tels actes. “On meurt d’une chirurgie du cancer mal exécutée” mettent en garde 13 chirurgiens de cliniques spécialisées. Hier, à l’occasion de la journée mondiale contre le cancer, ces praticiens ont publié une tribune sur Europe 1 militant pour une réglementation plus rigide prévenant contre ces interventions désastreuses.

Des mutilations et des décès

Un rapport de l’Assurance maladie de juillet dernier dévoile des chiffres préoccupants : sur les 571 services qui ont facturé des chirurgies de cancer du sein, 115 n’avaient pas d’autorisation. En outre, un an après l’opération, “il y a deux fois plus de décès constatés parmi les femmes qui ont été opérées dans ces 115 centres sans habilitation”.

Les treize professionnels de santé ont confié à Europe 1 avoir vu des cas difficilement rattrapables après ce type d’opération, qui les ont amenés à devoir réaliser des actes bien plus mutilants que s’ils avaient pu prendre en charge les patients avant ces chirurgies illégales. “Aujourd’hui, les publications scientifiques démontrant la différence de survie entre une chirurgie effectuée par une équipe spécialisée et une équipe non spécialisée sont légion et cela dans tous les types de tumeurs solides. Les chances de survivre au cancer sont bien supérieures lorsque l’on est pris en charge par des équipes spécialisées”, selon leur tribune.

Des actes qui ne s’improvisent pas

Ces chirurgiens ne remettent pas en cause les qualités de ces médecins et de ces centres de santé. Toutefois, la chirurgie du cancer est un acte particulier qui ne s’improvise pas. Les établissements de santé qui ont l’autorisation de pratiquer ces interventions sont ceux qui les pratiquent de façon régulière. L’entraînement est le critère essentiel à appréhender dans l’attribution d’une telle compétence : « La chirurgie d’un cancer nécessite une expertise technique que seul un enseignement et un entraînement intensif et spécialisé peut produire (…). On fait bien en chirurgie ce que l’on fait souvent, on fait bien en ébénisterie ce que l’on exécute souvent », argumentent-ils.

Les médecins expliquent en outre, qu’ils existent un grand nombre de cancers renfermant pour chacun une typologie très vaste de sous-cancers. Chacune de ces pathologies appelle un traitement chirurgicale distinct, qu’il faut maîtriser. Il est donc fortement déconseillé de se tourner vers des établissements profanes dans des domaines aussi précis, selon leur tribune.

La nécessité de nouveaux centres spécialisés

Ces professionnels de santé ont conscience que les établissements de santé autorisés ne pourront sans doute pas à eux-seuls traiter le grand nombre de patients : Les équipes spécialisées ne pourront pas absorber seules l’ensemble des patients ne bénéficiant pas d’une prise en charge optimale aujourd’hui, au risque d’altérer leur propre exercice. ll réclament donc l’instauration de nouveaux centres de traitements et de formations de médecins : “L’émergence de nouveaux centres de traitements ou le renforcement de centres existants, publics, privés ou mixtes va être absolument nécessaire afin de répondre aux besoins de la population”.

Des sanctions à prévoir

La situation devrait évoluer en 2019. En effet, la loi de financement de la sécurité sociale promulguée le 22 décembre 2018, prévoit que ces établissements soient sanctionnés : l’Assurance maladie ne remboursera plus ces interventions illégales en exigeant d’être remboursée par l’hôpital ou le centre qui a fait l’opération. Cette proposition avait été faite par le député Olivier Véran en octobre 2018. Par ailleurs, les seuils minimum exigés pour être autorisé à opérer les cancers devraient être relevés dans les mois à venir.

Les malades ou leurs proches sont invités à se rendre sur le site Internet de l’INCA, l’Institut national du cancer qui renseigne sur les établissements autorisés à les traiter selon leur localisation géographique.

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